20 août 2008

Périgord, château de Prémilhac




Le château de Prémilhac (Saint-Sulpice d'Excideuil, Dordogne) était déjà en ruine lors de l'établissement du cadastre napoléonien en 1812 qui le qualifie de masure. Il formait un ensemble avec ses dépendances (les parcelles AV 106 à 109 du cadastre révisé de 1966) qui est resté dans la même famille jusqu’à ce qu'il soit vendu en 1980 par la lointaine  descendante de la propriétaire de 1812, Anne de Magnac épouse de Joseph Barreau, mademoiselle M.A. Damond. Depuis lors, il a fait l’objet à nouveau de deux nouvelles ventes, en 1985, puis en 1997. Ces trois propriétaires successifs ont fait d’importants travaux, particulièrement les propriétaires actuels, Mr et Mme Richaers, qui ont non seulement poursuivi l'aménagement des dépendances entrepris par leurs prédécesseurs, mais ont consolidé le vieux château mettant un terme à la poursuite inexorable de sa ruine. 

La légende assimile Prémilhac à une villa gallo-romaine, Primuliac, où serait né Sulpice Sévère, au IVe siècle, l’ami et historiographe de Saint-Martin.  Mais plusieurs villages éparpillés aux quatre coins de la France ont la même prétention. Aucun vestige archéologique, aucune pièce d'archive ne viennent étayer cette thèse. En fait, il faut attendre plus de dix siècles pour trouver la mention de Prémilhac dans l'histoire. Elle date de la vente vers 1510, par le roi de Navarre comte de Périgord Jean d'Albret, de la seigneurie de Saint-Sulpice à Etienne Vigier, seigneur de Prémilhac. 30 ans plus tard en 1541, Antoine de Laroche Aymon prête hommage à Henri d'Albret de la seigneurie qu'il tenait de sa femme, Marguerite Vigier, la dame de Prémilhac. C'est cette dernière qu'il faut imaginer errant dans les ruines du château, dont il est difficile de cerner la date de destruction. Faut-il l'imputer  aux désordres occasionnés par les guerres de Religion au début des années 1570, cela est vraisemblable. Trois actes notariés ont été passés dans la salle du château par Me Bugeaud notaire à Excideuil en 1564, 1567 et 1568, avant ces troubles. Mais en 1578 le fils d'Antoine de La Roche Aymon et de Marguerite Vigier, teste dans son manoir de Labrouste "avant de faire un voyage au service du Roi", précisant qu'il souhaitait être "inhumé dans l'église de Saint-Sulpice au lieu accoutumé de ses prédécesseurs". C'est au début du XVIIIe siècle que les terres de Prémilhac et de Labrousse sont vendues au nouveau seigneur d'Ygonnie Jean de Magnac qui réside d'ailleurs à Excideuil. Il s'agit du grand père d'Anne de Magnac épouse de A.J. Bareau, la propriétaire de 1812. Prémilhac est ainsi restée dans la même famille pendant trois siècles. 

Le château proprement dit (relevé AR de 1976) est composé des ruines de deux logis flanqués à l’est d’une tour d’escalier carrée et couronnée de mâchicoulis avec au midi une porte flamboyante, tout cela datant du XVIe siècle d’après Jean Secret. Cette tour d'escalier relativement en bon état au début du XXe siècle a été ravagée par un incendie au début des années 1960, qui à fortement endommagé les sculptures du portail gothique. L’escalier a vis en pierre, encore praticable à la fin des années 1920, s’était auparavant effondré. Au nord des logis, les fondations d’une importante tour ronde laissent entendre une construction antérieure, peut être du XIIe siècle. Entre cette tour ronde, ce donjon et les logis on distingue un réduit carré avec des latrines. La base du mur sud daterait du Xe siècle.  Les amorces de trois étages de cheminée étaient encore visibles sur le mur pignon nord au début des années 1970. Celui-ci a fini de s’effondrer après 1980. 

Plusieurs dépendances complètent la propriété, trois d’entre elles formant un véritable petit hameau autour des ruines. Une maison d’habitation (l’ancien logis du fermier, AV 109), construite sur une très belle salle voûtée en plein cintre (accès par un large escalier du côté du sud). Elle a été restaurée après 1980.  En face une grange avec sa belle toiture. En prolongement vers le sud un très beau bâtiment, assez étroit, avec sur la façade ouest deux très belles ouvertures accolées en pierre de taille en arc brisé. Ce corps de logis, vraisemblablement très ancien, transformé en étable au XIXe siècle, a été restauré et rehaussé après 1985. Des photos permettent de se faire une idée de la beauté de ce bâtiment antérieurement à ces embellissements. La récente (2004) construction d’une tour ronde d’escalier, assez bien appareillée, lui donne un petit air de manoir. Elle masque d’anciennes latrines qui laissent supposées un usage d’habitation noble aux temps médiévaux. Plus loin un très beau pigeonnier du XVIIIe siècle, au toit en forme de poivrière, était encore dotée de tout son appareillage intérieur avant sa restauration après 1985. La toiture était surmontée d’une très belle girouette du XVIIIe siècle décorée en tôle peinte, vendue au poids de la ferraille . Le porche monumental dans l’axe de la rue du village est une réalisation des actuels propriétaires (monogramme R et date 1999) comme le jardin de buis. Quant au petit pavillon perpendiculaire à la grange, il a été reconstruit vers 1989.

C'est dans une maison voisine (Av 91, maison A et C. de Roux) qu'Anne de Magnac-Bareau est décédée en 1850, âgée de 95 ans. C'est dans la même maison que ses arrière-petit fils Damond sont né dans les années 1870. Cette maison a été vendue en 1927, après avoir été louée dans les années qui ont précédé la guerre de 1914. Le docteur Damond, père de la dernière descendante de Joseph et Anne Bareau, habitait l’austère château de Laxion, à quelques kilomètres au nord de Prémilhac, sur la commune de Corgnac. Ravagé pendant l’occupation allemande, il est maintenant en partie ruiné (voir note). La maison à la cave voûtée (AV 109) était le logis des métayers. En 1921, celui-ci était une veuve de guerre qui l'habitait avec ses jeunes trois enfants. 

 

Antoine de Roux

texte revu mars 2007 

 

pièces jointes : plan cadastral de Prémilhac en 1812 (extrait de la feuille K du cadastre de Saint Sulpice d’Excideuil) - plan relevé en 1972 - photos noir et blanc des ruines du château (même date) - photos couleurs (vers 1975) prises des différentes dépendances de l’ancien château

sources : cadastre de la commune de Saint Sulpice d'Excideuil, plan section K (1812), Etat des propriétés - cadastre révisé, plan section AV (1976) - Recensements 1921, 1946, 1968, listes nominatives - Archives du département de la Dordogne 10 Fi -  Bulletin de Société historique et archéologie de la Dordogne,  - Jean SECRET Le Périgord, Châteaux, manoirs et gentilhommières,Tallandier  1966 p. 41 - Max Sarradet.



1 commentaire:

Unknown a dit…

good, precise account.

encore a faire;-

citerne.
puit combli.
inscription templier.