7 août 2011

Périgord, le manoir d'Ygonie

à Saint Sulpice d'Excideuil (Dordogne)

Ygonie (ou l’Igonie), à quelques centaine de mètres en contre-bas du bourg de Saint-Sulpice d'Excideuil, est une grande maison à allure de château qualifiée de gentilhommière au début du XIXe siècle, de maison forte, de repaire noble dans des documents plus anciens. L'essentiel du manoir semble de construction tardive, le XVIe siècle. Il consiste pour l'essentiel en un logis rectangulaire de trois niveaux droits, constitué des trois grandes pièces par étage. Il est flanqué sur la façade vers le bourg d'une tour d'escalier à vis hexagonale, en partie hors œuvre, et couverte d'une toiture en poivrière et aux angles d’un des pignons de deux échauguettes, couvertes de toits à quatre pans. L’ensemble a dû être édifié en une seule fois. Une des fenêtres du château est sommée d'un écu blasonné à cinq bandes. Le corps de logis du XVIe siècle est prolongé par un bâtiment bas édifié au XVIIe siècle, sur une cave voutée en plein cintre La cour est refermée par une grange. A l'écart, un très beau pigeonnier du XVIIIe siècle, coiffé d'un dôme d'ardoise ayant conservé ses boulins et son échelle rotative. A noter que la date figurant sur le linteau de la porte surprend. En 1790, un an après l’abolition des privilèges paraît peu compatible avec la construction d’un tel bâtiment honnis des paysans comme le montrent les cahiers de doléances. Les façades et les toitures d'Ygonie sont inscrites à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques, le pigeonnier l’est en totalité.





Au XVIIe siècle, Ygonie appartenait aux Latour de Saint-Privat. Il fut cédé au début du XVIIIe siècle à Jean de Magnac dont le petit-fils était le seigneur au moment de la Révolution. Mais celui-ci habitait Excideuil. Le manoir, vendu en 1835, a alors été transformé en ferme. Racheté en 1963 par l’épouse du journaliste Simon Arbelot (1897-1965) descendante de son dernier propriétaire sous l’Ancien Régime, il a été restauré dans un style très austère, ses dallages en petits cailloux de rivière reconstitués. Les ouvertures des étages ont retrouvé leurs meneaux. Deux très belles cheminées, ont été mises en valeur.. Ygonie n'a pas été cessé d'être habité depuis cette date, d'abord par madame Arbelot de Vacqueur, puis depuis 1976 par les propriétaires actuels.

Antoine de Roux, 2009


bibliographie : J. SECRET, J.M. BELINGART, note Mme Arbelot de Vacqueur 1970 - dessins d'après J.M. Bélingart, photos Abelot


12 avr. 2009

Perpignan, les casernes Saint-Jacques






Les casernes Saint-Jacques de Perpignan, transformées depuis 1956 en logements sociaux (Al Puig, 81 logements), ont été édifiées de 1683 à 1686. Elles ont été alors bâties sur un vaste terrain rendu en grande partie libre par les désastres du siège de 1642, entre la courtine, les Carmes déchaux et l'église Saint-Jacques. Il ne fallut exproprier que 9 maisons d’ailleurs déjà démolies. De même pour dégager la place d'armes devant les casernes, la place du Puig actuelle, on n'eut à démolir qu'une seule maison et à exproprier 5 patus. Les quatre bâtiments pour les soldats (à 3 niveaux plus un comble) sont alors ponctués aux angles de pavillons (à 4 niveaux) pour les officiers. Les bâtiments pour les soldats étaient traversants avec des murs de refend porteurs, deux escaliers desservant chacun deux chambres, à 2 lits pour 3 soldats chacun. Ils sont regroupés autour d'une vaste cour bordée de galeries à arcades qui ne sont pas sans rappeler l'architecture classique.

En fait, ces arcades n’ont été construites que 160 ans plus tard, et les fenêtres en façade percées de 1840 à 1845, afin de faciliter la desserte des chambrées. Auparavant les façades extérieures étaient alors aveugles, les cheminées, pour faire la cuisine, étant en façade et il n'y avait d'ouvertures que sur les cours. Ces dernières n’étaient pas munies de fenêtres, mais seulement de volets, ce qui n'était pas sans poser de gros problèmes, quand il fallait faire du feu en hiver Les pavillons pour officiers comptaient un seul appartement par étage de trois pièces, dont deux avec cheminées et munies de fenêtres.

Il n'y avait aucune installation d'eau. Les latrines seront construites sur le rempart à quelques dizaines de toises. La réalisation des casernes Saint-Jacques est une adaptation assez libre aux conditions locales (plan, matériaux et pentes des toits) du plan type établi par Vauban quelques années auparavant et diffusé par Louvois en 1680 «ainsi qu'il veut qu'elle soit construite dans toutes les places ». Le projet fut adjugé le 21 mai 1683 (ADPO 1618). Les casernes étaient achevées lors du passage de Vauban en Janvier 1686 qui les trouva « fort bien faites » (SHD). Dès 1718, des réparations seront nécessaires. C'est vraisemblablement à cette époque qu'on aménagera les casernes uniquement pour les soldats (800 hommes) et que des écuries pour 160 chevaux seront installées à proximité.

Ce sont les aménagements du XIXe siècle qui ont transformé toute l'architecture d'un bâtiment utilitaire et très économique. La transformation des casernes en cité HLM au milieu du XXe siècle a transformé la distribution intérieure, mais sans altérer les grandes lignes de l’architecture utilitaire du XVIIe siècle revue et embellie au XIXe siècle. Quant à l’urbanisme aux alentours des casernes, il est encore aujourd'hui celui des Ingénieurs du Roy.

A. de Roux


Sources : De la place forte à la ville ouverte, tome I p. 113/114, 463 - relevés Atlas des Bâtiments militaires, photos du plan-relief de 1686, photos et cartes postales.

27 févr. 2009

Périgord, les manoirs de Saint-Sulpice-d'Excideuil

Plusieurs manoirs ponctuent la campagne tout autour du bourg de Saint-Sulpice d'Excideuil (Dordogne). L'un d'entre eux est en ruines, depuis plus de quatre siècles, le château de Prémilhac (voir ce nom). Deux sont situés en contre bas du bourg, dans la val du Ravillou, La Rivière et Ygonie, un 4e est à contre pente du vallon suivant, celui du ruisseau de Vaux, le manoir de Labrousse, le pendant de Prémilhac. Ils appartenaient l'un et l'autre au même seigneur. Un cinquième manoir, récemment restaurée, est situé à l'opposée dans la partie nord de la commune face à Sarrazac, le Montet. Quant au château Rigaud du Vignaud, situé dans le bourg, il s'agit plus d'une grande maison modernisée dans les années 1920 que d'un manoir.

Cette multitude de maison forte, de repaire noble, de gentilhommière, ... traduit bien l'émiettement de la féodalité dans cette partie du Périgord, où les grands châteaux étaient rares, à l'exception d'Excideuil, siège de la chatellenie dont dépendait Saint-Sulpice et de Laxion à Corgnac. Cette splendide demeure encore presque intacte au début du XXe siècle et dont l'impéritie de ces propriétaires successifs et des dégâts de l'Occupation et de la Libération ont entraîné la ruine progressive. De nouveaux propriétaires tentent de le sauver depuis l'été 2008. Ce sauvetage devrait concerner un peu Saint-Sulpice puisqu'un des propriétaires de Laxion dans la première partie du XXe siècle était également celui du château de Prémilhac.

*

Le petit manoir de Labrousse est difficilement séparable du château de Prémilhac. Par sa situation de l'autre côté du vallon et par son histoire. C'était aussi un fief des Laroche-Aymon, seigneur de Prémilhac. C'est avant 1578 qu'Aymar de Laroche Aymon s'insalle à Labrouse où il fait son testament. Labrousse a été vendu en même temps que Prémilhac au début du XVIIIe siècle au nouveau seigneur d'Ygonie, Jean de Magnac, qui vit apparement à Excideuil. Après la Révolution, ce n'est plus qu'une ferme et l'est resté jusque dans les années 1990. Le manoir est depuis habité en permanence. Labrousse était qualifié de maison noble en 1602, de château en 1665. En fait, c'est une frande maison très simple à un seul niveau sur rez de chaussée bas du côté du ruisseau. Cette maison est flanquée d'une tour octogonale avec une porte gothique (XVe siècle) sommée d'un blason armorié, ouvrant sur une cour en partie bordée de bâtiments de ferme du XVIIIe siècle, dont l'un surplombe le portail d'accès (photos AR vers 1970)

*

Ygonie est une grande maison à allure de château qualifiée de gentilhommière au début du XIXe siècle, de maison forte, de repaire noble dans des documents plus anciens. L'essentiel du manoir, reconstruit après les guerres de Religion, date de la fin du XVIe siècle. Il consiste pour l'essentiel en un logis rectangulaire de trois niveaux, constitué à l'origine de deux grandes pièces par étage, flanqué sur la façade vers le bourg de deux échauguettes, couvertes de toits à quatre pans. Une des fenêtres du château est sommée d'un écu blasonné à cinq bandes. Le corps du logis du XVIe est prolongé par un bâtiment bas édifié au XVIIe siècle. La cour est refermée par un grange. A l'écart, un très beau pigeonnier du XVIIe siècle, coiffé d'un dôme d'ardoise avec des traces de "bouclins" et conservant son échelle rotative. Les façades et les toitures d'Ygonie sont inscrites à l'Inventaire supplémentaires des Monuments historique, le pigeonnier l'ait en totalité. 

Au XVIIe siècle, Ygonnie appartenanit despuis plusieurs générations aux Latour de Saint-Privat. Il fut cédé au début du XVIIIe siècle à Jean  de Magnac époux de Antoinette de Guy qui habitaient à Excideuil l'hôtel de la rue Jean Chavoix. Jean de Magnac seigneur de Neuville, leur petit-fils, fut le dernier seigneur d'Ygonie, de Prémilhac et de la Brousse, Ses biens furent répartis entre ces nombreux enfants et Ygonie vendu en 1835. Le manoir est alors transformé en ferme. Racheté en 1963 par l'épouse du journaliste Simon Arbellot, descendante de son dernier propriétaire au début du XIXe siècle, et en très mauvais état, il a été restauré dans un style très austère, ses dallages en cailloux de rivière reconstitués. Les ouvertures des étages ont retrouvé leurs menaux. Deux très belles cheminées ont été mises en valeur. A noter que 'lon trouves des cheminées de cette importance dans des maison moins prestigieuses de Saint-Sulpice, entre autres à Prémilhac. Ygonie n'a pas cessé d'être habité depuis cette date, d'abord par Mme Arbelot de Vacqueur, puis depuis 1976 par les propriétaires actuels. (Le Repaire d'Ygonie par M.B. Arbelot de Vacqueur, revue des Vieilles Maisons Françaises, photos Mme Arbelot, A. de Roux).

*

La Rivière est une grande maison en grande partie d'époque Louis XIII, ponctué de tours carrées, qualifiée du château dès le XVIIe siècle. Il s'agit du seul manoir de Saint-Sulpice a être localisée dans le cours même du ruisseau. Peut être y avait-il à l'origine des douves. Il en subsiste un étang. Les cartes postales des années trente expriment bien le parti architectural.

La Rivière a été modernisé à la fin du XIXe siècle par le même architecte qui a aménagé le château d'Essendiéras, de l'autre côté d'Excideuil, qui fut naguère la demeure d'André Maurois. M. Picaud en est le propriétaire en 1877. Cette modernisation a porté essentiellement  sur la partie droite, avec une tour faussement médièvale, et dans les aménagements intérieurs. Un Laroche Aymon se dit seigneur de la Rivière en 1783, et de Prémilhac ce qu'il n'est certainement pas. 

Au XXe siècle, il a été la propriété pendant plusieurs générations de la famille Dujarric de la Rivière, originaires d'Excideuil, mais surtout hommes de science de père en fils. René Dujarric de la Rivière (1885-1969), sous-directeur de l'Institut Pasteur, membre de l'Académie de Médecine, a démontré en 1918 que la grippe était d'origine virale, puis isolé la première souche française de la grippe en 1945. Le Centre hospitalier de Périgueux porte le nom d'Hôpital Dujarric de la Rivière. A noter que l'hôtel Dujarric à Boulogne-Billancourt, remarquable construction des années 1920, a été réalisé sur les plans de l'architecte Faure Dujarric. Le château de la Rivière a récemment changé de main, après la mort de Mllle Djarric, artiste peintre dont certaines oeuvres ornent, entre autres, l'église de Saint-Sulpice.

 
  
A de Roux
mars 2005   

21 août 2008

Bastides - Vianne, Lot et Garonne


La bastide de Vianne, chef lieu de canton du Lot et Garonne (409 habitants dans les murs en 1911, sur moins de 10 hectares est située sur la Baïse à 10 kms au sud de la Garonne et à 10 kms au nord de Nérac. Elle présente des caractéristiques très intéressantes. Son enceinte fortifiée, édifiée à la fin du XIVe siècle, nous est parvenue pratiquement intacte. Par contre, le bâti le plus ancien ne date que de la fin du XIXe siècle, à quelques exceptions près. En fait la bastide était restée un simple village flottant dans un habit trop grand, comme le montre un plan établis vers 1780 (AD Gironde, ci-dessous). À cette date, on dénombrait moins d’une centaine de maisons, concentrées autour et à proximité de la place.


La bastide a été fondée en 1284 in parrochia Beate Mariae Villelonge, en paréage entre le seigneur de l’Ile Jourdain, dont l'épouse était Vianne de Gontaut-Biron et le sénéchal du roi d’Angleterre, Jean de Grailly. L’église, édifiée au XIIe siècle est la seule trace de ce village primitif. Il n’y a aucun indice de chemin ou de parcellaire antérieurs à la bastide. L’église a été intégrée à celle-ci avec son cimetière le long d’une des deux grandes rues charretières menant à la place. Elle est légèrement désaxée par rapport à l’orthogonalité du nouveau parcellaire. Un porche aux arcatures gothiques a alors été ouvert sur la grande rue, alors que le porche primitif d’architecture romane ouvre sur le cimetière.

Le plan tracé est pratiquement identique à celui des fondations du temps, très proche du modèle utilisé à Monpazier de fondation pratiquement contemporaine (1284 également). C’est ainsi qu’il était prévu des demi îlots tout autour de la place et dont les traces sont parfaitement lisibles dans les plans de 1780 et de 1839 (cadastre « napoléonien » ci-dessous).

Ces tracés ont été en partie altérés par les outrages du temps. Certaines ruelles ont disparu, les tracés et les parcelles se sont gauchis. Dès avant la Révolution la place n’était construite que sur deux côtés. Il n'y avait pas de halle, mais sept maisons (angle Est) étaient encore prolongées par des couverts. La mairie, sur la place est un des édifices civils les plus anciens (début XIXe).

Les deux grandes rues charretières NS et EO se croisent sur la place, dans le prolongement des quatre portes. La muraille a été édifiée vraisemblablement après les premières escarmouches de la guerre de Cent ans (1342), peut être même dans les dernières décennies du XIVe siècle, le contrat de paréage ne prévoyant qu’une palissade le long de douves. On a trace dé restaurations au début du XVIIe siècle de la muraille face à la Baïse avec la création d’un passage supplémentaire, de l’effondrement d’un pan de muraille en 1767, de la réparation d’une brèche en 1767… Des pans de murailles ont été abattus pour faciliter le débouché de rues nouvelles ou en cul de sac au XIXe siècle. Au total ce sont 4 passages supplémentaires qui ont été crées entre la Révolution et l’époque contemporaine.

La fortification a été classée monument historique dès 1886. Les 4 portes et les 3 tours ont été restaurés de part et d’autre de 1900. Elles ont été surélevées et surmontées de toitures. Il n’est pas sûr que ces additions aient été judicieuses, mais elles font maintenant partie du paysage urbain de Vianne.

La porte Nord (Notre-Dame) qui fait corps avec l’église parait avoir été édifiée en même temps que cette dernière, alors que deux siècles séparent leur construction. La porte Est menait au moulin médiéval édifié sur le barrage de la Baïse, et maintes fois reconstruit. Elle débouche depuis 1838 sur le pont suspendu qui a alors remplacé le bac. Celui-ci était à l’origine à péage d’où la présence de guichets. C’est au droit de la porte Ouest (porte Montgaillard) qu’avait été localisé la gare en 1880. La ligne de chemin de fer est maintenant désaffectée.

Une verrerie avait été implantée à Vianne en 1927. Elle a employé jusqu’à 900 ouvriers. Elle a cessé de fonctionner en 2007.

Antoine de Roux
1996-2005


sources : Inventaire général du Patrimoine culturel d'Aquitaine - VIANNE Dossier documentaire - Ch. HIGOUNET,. Vianne, une bastide fortifiée en Agenais, 1984 – Ch. HIGOUNET, "Les origines et la fondation de la bastide de Vianne". Revue de l'Agenais, 1984 – P. LAVEDAN et J. HUGUENEY., "Vianne", in Congrès Archéol. de France, 1969 – G. THOLIN "Bastides du département de Lot et Garonne"", in Congrès Archéol. de France, 1874, p. 179 - M. COSTE et A. de ROUX,


Antoine de Roux, Recherches sur l'histoire topographique des villes

Pendant 25 ans (ou presque) de recherche urbaine, j'ai réuni une importante documentation sur l'histoire topographique des villes. Elle a servi à l'écriture des quelques livres que j'ai pu publier. Mais certains projets n'ont pas abouti , soit pour des raisons d'édition, soit parce que le travail n'est pas achevé. En particulier une histoire des Plans en relief, un dictionnaire des bastides, un dictionnaire ou atlas historique et géographique de Perpignan, des notes éparses sur certaines villes ou villages du Périgord ou du Berry,..... J'ai beaucoup butiné ces dernières années...

J'ai donc décidé de mettre certaines de ces fiches plus ou moins rédigées sur le Net, pour que ce travail ne soit pas perdu. Certaines sont très anciennes, parfois partiellement mises à jour.
Elles ont trait à plusieurs secteurs de mes recherches, toujours dans l'esprit de l'histoire topographique des villes :
- Perpignan, ,
- les villes françaises à la fin du XVIIe siècle, en particulier les villes fortifiées,
- la cartographie des villes et les plans en relief,
- les bastides,
- les villes et villages du Périgord, du Berry,

Pour permettre un classement thématique de ces fiches, l'intitulé de chacune d'entre elles sera précédé d'un terme générique ayant trait à un pan de mes recherches, soit par thème,
- Bastide
- Perpignan
- Plans en relief
- Ville neuve
soit par région :
- Berry
- Périgord
- Roussillon (autre que Perpignan)
Cette liste n'est pas limitative.

Antoine de Roux

20 août 2008

Périgord, château de Prémilhac




Le château de Prémilhac (Saint-Sulpice d'Excideuil, Dordogne) était déjà en ruine lors de l'établissement du cadastre napoléonien en 1812 qui le qualifie de masure. Il formait un ensemble avec ses dépendances (les parcelles AV 106 à 109 du cadastre révisé de 1966) qui est resté dans la même famille jusqu’à ce qu'il soit vendu en 1980 par la lointaine  descendante de la propriétaire de 1812, Anne de Magnac épouse de Joseph Barreau, mademoiselle M.A. Damond. Depuis lors, il a fait l’objet à nouveau de deux nouvelles ventes, en 1985, puis en 1997. Ces trois propriétaires successifs ont fait d’importants travaux, particulièrement les propriétaires actuels, Mr et Mme Richaers, qui ont non seulement poursuivi l'aménagement des dépendances entrepris par leurs prédécesseurs, mais ont consolidé le vieux château mettant un terme à la poursuite inexorable de sa ruine. 

La légende assimile Prémilhac à une villa gallo-romaine, Primuliac, où serait né Sulpice Sévère, au IVe siècle, l’ami et historiographe de Saint-Martin.  Mais plusieurs villages éparpillés aux quatre coins de la France ont la même prétention. Aucun vestige archéologique, aucune pièce d'archive ne viennent étayer cette thèse. En fait, il faut attendre plus de dix siècles pour trouver la mention de Prémilhac dans l'histoire. Elle date de la vente vers 1510, par le roi de Navarre comte de Périgord Jean d'Albret, de la seigneurie de Saint-Sulpice à Etienne Vigier, seigneur de Prémilhac. 30 ans plus tard en 1541, Antoine de Laroche Aymon prête hommage à Henri d'Albret de la seigneurie qu'il tenait de sa femme, Marguerite Vigier, la dame de Prémilhac. C'est cette dernière qu'il faut imaginer errant dans les ruines du château, dont il est difficile de cerner la date de destruction. Faut-il l'imputer  aux désordres occasionnés par les guerres de Religion au début des années 1570, cela est vraisemblable. Trois actes notariés ont été passés dans la salle du château par Me Bugeaud notaire à Excideuil en 1564, 1567 et 1568, avant ces troubles. Mais en 1578 le fils d'Antoine de La Roche Aymon et de Marguerite Vigier, teste dans son manoir de Labrouste "avant de faire un voyage au service du Roi", précisant qu'il souhaitait être "inhumé dans l'église de Saint-Sulpice au lieu accoutumé de ses prédécesseurs". C'est au début du XVIIIe siècle que les terres de Prémilhac et de Labrousse sont vendues au nouveau seigneur d'Ygonnie Jean de Magnac qui réside d'ailleurs à Excideuil. Il s'agit du grand père d'Anne de Magnac épouse de A.J. Bareau, la propriétaire de 1812. Prémilhac est ainsi restée dans la même famille pendant trois siècles. 

Le château proprement dit (relevé AR de 1976) est composé des ruines de deux logis flanqués à l’est d’une tour d’escalier carrée et couronnée de mâchicoulis avec au midi une porte flamboyante, tout cela datant du XVIe siècle d’après Jean Secret. Cette tour d'escalier relativement en bon état au début du XXe siècle a été ravagée par un incendie au début des années 1960, qui à fortement endommagé les sculptures du portail gothique. L’escalier a vis en pierre, encore praticable à la fin des années 1920, s’était auparavant effondré. Au nord des logis, les fondations d’une importante tour ronde laissent entendre une construction antérieure, peut être du XIIe siècle. Entre cette tour ronde, ce donjon et les logis on distingue un réduit carré avec des latrines. La base du mur sud daterait du Xe siècle.  Les amorces de trois étages de cheminée étaient encore visibles sur le mur pignon nord au début des années 1970. Celui-ci a fini de s’effondrer après 1980. 

Plusieurs dépendances complètent la propriété, trois d’entre elles formant un véritable petit hameau autour des ruines. Une maison d’habitation (l’ancien logis du fermier, AV 109), construite sur une très belle salle voûtée en plein cintre (accès par un large escalier du côté du sud). Elle a été restaurée après 1980.  En face une grange avec sa belle toiture. En prolongement vers le sud un très beau bâtiment, assez étroit, avec sur la façade ouest deux très belles ouvertures accolées en pierre de taille en arc brisé. Ce corps de logis, vraisemblablement très ancien, transformé en étable au XIXe siècle, a été restauré et rehaussé après 1985. Des photos permettent de se faire une idée de la beauté de ce bâtiment antérieurement à ces embellissements. La récente (2004) construction d’une tour ronde d’escalier, assez bien appareillée, lui donne un petit air de manoir. Elle masque d’anciennes latrines qui laissent supposées un usage d’habitation noble aux temps médiévaux. Plus loin un très beau pigeonnier du XVIIIe siècle, au toit en forme de poivrière, était encore dotée de tout son appareillage intérieur avant sa restauration après 1985. La toiture était surmontée d’une très belle girouette du XVIIIe siècle décorée en tôle peinte, vendue au poids de la ferraille . Le porche monumental dans l’axe de la rue du village est une réalisation des actuels propriétaires (monogramme R et date 1999) comme le jardin de buis. Quant au petit pavillon perpendiculaire à la grange, il a été reconstruit vers 1989.

C'est dans une maison voisine (Av 91, maison A et C. de Roux) qu'Anne de Magnac-Bareau est décédée en 1850, âgée de 95 ans. C'est dans la même maison que ses arrière-petit fils Damond sont né dans les années 1870. Cette maison a été vendue en 1927, après avoir été louée dans les années qui ont précédé la guerre de 1914. Le docteur Damond, père de la dernière descendante de Joseph et Anne Bareau, habitait l’austère château de Laxion, à quelques kilomètres au nord de Prémilhac, sur la commune de Corgnac. Ravagé pendant l’occupation allemande, il est maintenant en partie ruiné (voir note). La maison à la cave voûtée (AV 109) était le logis des métayers. En 1921, celui-ci était une veuve de guerre qui l'habitait avec ses jeunes trois enfants. 

 

Antoine de Roux

texte revu mars 2007 

 

pièces jointes : plan cadastral de Prémilhac en 1812 (extrait de la feuille K du cadastre de Saint Sulpice d’Excideuil) - plan relevé en 1972 - photos noir et blanc des ruines du château (même date) - photos couleurs (vers 1975) prises des différentes dépendances de l’ancien château

sources : cadastre de la commune de Saint Sulpice d'Excideuil, plan section K (1812), Etat des propriétés - cadastre révisé, plan section AV (1976) - Recensements 1921, 1946, 1968, listes nominatives - Archives du département de la Dordogne 10 Fi -  Bulletin de Société historique et archéologie de la Dordogne,  - Jean SECRET Le Périgord, Châteaux, manoirs et gentilhommières,Tallandier  1966 p. 41 - Max Sarradet.