21 août 2008

Bastides - Vianne, Lot et Garonne


La bastide de Vianne, chef lieu de canton du Lot et Garonne (409 habitants dans les murs en 1911, sur moins de 10 hectares est située sur la Baïse à 10 kms au sud de la Garonne et à 10 kms au nord de Nérac. Elle présente des caractéristiques très intéressantes. Son enceinte fortifiée, édifiée à la fin du XIVe siècle, nous est parvenue pratiquement intacte. Par contre, le bâti le plus ancien ne date que de la fin du XIXe siècle, à quelques exceptions près. En fait la bastide était restée un simple village flottant dans un habit trop grand, comme le montre un plan établis vers 1780 (AD Gironde, ci-dessous). À cette date, on dénombrait moins d’une centaine de maisons, concentrées autour et à proximité de la place.


La bastide a été fondée en 1284 in parrochia Beate Mariae Villelonge, en paréage entre le seigneur de l’Ile Jourdain, dont l'épouse était Vianne de Gontaut-Biron et le sénéchal du roi d’Angleterre, Jean de Grailly. L’église, édifiée au XIIe siècle est la seule trace de ce village primitif. Il n’y a aucun indice de chemin ou de parcellaire antérieurs à la bastide. L’église a été intégrée à celle-ci avec son cimetière le long d’une des deux grandes rues charretières menant à la place. Elle est légèrement désaxée par rapport à l’orthogonalité du nouveau parcellaire. Un porche aux arcatures gothiques a alors été ouvert sur la grande rue, alors que le porche primitif d’architecture romane ouvre sur le cimetière.

Le plan tracé est pratiquement identique à celui des fondations du temps, très proche du modèle utilisé à Monpazier de fondation pratiquement contemporaine (1284 également). C’est ainsi qu’il était prévu des demi îlots tout autour de la place et dont les traces sont parfaitement lisibles dans les plans de 1780 et de 1839 (cadastre « napoléonien » ci-dessous).

Ces tracés ont été en partie altérés par les outrages du temps. Certaines ruelles ont disparu, les tracés et les parcelles se sont gauchis. Dès avant la Révolution la place n’était construite que sur deux côtés. Il n'y avait pas de halle, mais sept maisons (angle Est) étaient encore prolongées par des couverts. La mairie, sur la place est un des édifices civils les plus anciens (début XIXe).

Les deux grandes rues charretières NS et EO se croisent sur la place, dans le prolongement des quatre portes. La muraille a été édifiée vraisemblablement après les premières escarmouches de la guerre de Cent ans (1342), peut être même dans les dernières décennies du XIVe siècle, le contrat de paréage ne prévoyant qu’une palissade le long de douves. On a trace dé restaurations au début du XVIIe siècle de la muraille face à la Baïse avec la création d’un passage supplémentaire, de l’effondrement d’un pan de muraille en 1767, de la réparation d’une brèche en 1767… Des pans de murailles ont été abattus pour faciliter le débouché de rues nouvelles ou en cul de sac au XIXe siècle. Au total ce sont 4 passages supplémentaires qui ont été crées entre la Révolution et l’époque contemporaine.

La fortification a été classée monument historique dès 1886. Les 4 portes et les 3 tours ont été restaurés de part et d’autre de 1900. Elles ont été surélevées et surmontées de toitures. Il n’est pas sûr que ces additions aient été judicieuses, mais elles font maintenant partie du paysage urbain de Vianne.

La porte Nord (Notre-Dame) qui fait corps avec l’église parait avoir été édifiée en même temps que cette dernière, alors que deux siècles séparent leur construction. La porte Est menait au moulin médiéval édifié sur le barrage de la Baïse, et maintes fois reconstruit. Elle débouche depuis 1838 sur le pont suspendu qui a alors remplacé le bac. Celui-ci était à l’origine à péage d’où la présence de guichets. C’est au droit de la porte Ouest (porte Montgaillard) qu’avait été localisé la gare en 1880. La ligne de chemin de fer est maintenant désaffectée.

Une verrerie avait été implantée à Vianne en 1927. Elle a employé jusqu’à 900 ouvriers. Elle a cessé de fonctionner en 2007.

Antoine de Roux
1996-2005


sources : Inventaire général du Patrimoine culturel d'Aquitaine - VIANNE Dossier documentaire - Ch. HIGOUNET,. Vianne, une bastide fortifiée en Agenais, 1984 – Ch. HIGOUNET, "Les origines et la fondation de la bastide de Vianne". Revue de l'Agenais, 1984 – P. LAVEDAN et J. HUGUENEY., "Vianne", in Congrès Archéol. de France, 1969 – G. THOLIN "Bastides du département de Lot et Garonne"", in Congrès Archéol. de France, 1874, p. 179 - M. COSTE et A. de ROUX,


Antoine de Roux, Recherches sur l'histoire topographique des villes

Pendant 25 ans (ou presque) de recherche urbaine, j'ai réuni une importante documentation sur l'histoire topographique des villes. Elle a servi à l'écriture des quelques livres que j'ai pu publier. Mais certains projets n'ont pas abouti , soit pour des raisons d'édition, soit parce que le travail n'est pas achevé. En particulier une histoire des Plans en relief, un dictionnaire des bastides, un dictionnaire ou atlas historique et géographique de Perpignan, des notes éparses sur certaines villes ou villages du Périgord ou du Berry,..... J'ai beaucoup butiné ces dernières années...

J'ai donc décidé de mettre certaines de ces fiches plus ou moins rédigées sur le Net, pour que ce travail ne soit pas perdu. Certaines sont très anciennes, parfois partiellement mises à jour.
Elles ont trait à plusieurs secteurs de mes recherches, toujours dans l'esprit de l'histoire topographique des villes :
- Perpignan, ,
- les villes françaises à la fin du XVIIe siècle, en particulier les villes fortifiées,
- la cartographie des villes et les plans en relief,
- les bastides,
- les villes et villages du Périgord, du Berry,

Pour permettre un classement thématique de ces fiches, l'intitulé de chacune d'entre elles sera précédé d'un terme générique ayant trait à un pan de mes recherches, soit par thème,
- Bastide
- Perpignan
- Plans en relief
- Ville neuve
soit par région :
- Berry
- Périgord
- Roussillon (autre que Perpignan)
Cette liste n'est pas limitative.

Antoine de Roux

20 août 2008

Périgord, château de Prémilhac




Le château de Prémilhac (Saint-Sulpice d'Excideuil, Dordogne) était déjà en ruine lors de l'établissement du cadastre napoléonien en 1812 qui le qualifie de masure. Il formait un ensemble avec ses dépendances (les parcelles AV 106 à 109 du cadastre révisé de 1966) qui est resté dans la même famille jusqu’à ce qu'il soit vendu en 1980 par la lointaine  descendante de la propriétaire de 1812, Anne de Magnac épouse de Joseph Barreau, mademoiselle M.A. Damond. Depuis lors, il a fait l’objet à nouveau de deux nouvelles ventes, en 1985, puis en 1997. Ces trois propriétaires successifs ont fait d’importants travaux, particulièrement les propriétaires actuels, Mr et Mme Richaers, qui ont non seulement poursuivi l'aménagement des dépendances entrepris par leurs prédécesseurs, mais ont consolidé le vieux château mettant un terme à la poursuite inexorable de sa ruine. 

La légende assimile Prémilhac à une villa gallo-romaine, Primuliac, où serait né Sulpice Sévère, au IVe siècle, l’ami et historiographe de Saint-Martin.  Mais plusieurs villages éparpillés aux quatre coins de la France ont la même prétention. Aucun vestige archéologique, aucune pièce d'archive ne viennent étayer cette thèse. En fait, il faut attendre plus de dix siècles pour trouver la mention de Prémilhac dans l'histoire. Elle date de la vente vers 1510, par le roi de Navarre comte de Périgord Jean d'Albret, de la seigneurie de Saint-Sulpice à Etienne Vigier, seigneur de Prémilhac. 30 ans plus tard en 1541, Antoine de Laroche Aymon prête hommage à Henri d'Albret de la seigneurie qu'il tenait de sa femme, Marguerite Vigier, la dame de Prémilhac. C'est cette dernière qu'il faut imaginer errant dans les ruines du château, dont il est difficile de cerner la date de destruction. Faut-il l'imputer  aux désordres occasionnés par les guerres de Religion au début des années 1570, cela est vraisemblable. Trois actes notariés ont été passés dans la salle du château par Me Bugeaud notaire à Excideuil en 1564, 1567 et 1568, avant ces troubles. Mais en 1578 le fils d'Antoine de La Roche Aymon et de Marguerite Vigier, teste dans son manoir de Labrouste "avant de faire un voyage au service du Roi", précisant qu'il souhaitait être "inhumé dans l'église de Saint-Sulpice au lieu accoutumé de ses prédécesseurs". C'est au début du XVIIIe siècle que les terres de Prémilhac et de Labrousse sont vendues au nouveau seigneur d'Ygonnie Jean de Magnac qui réside d'ailleurs à Excideuil. Il s'agit du grand père d'Anne de Magnac épouse de A.J. Bareau, la propriétaire de 1812. Prémilhac est ainsi restée dans la même famille pendant trois siècles. 

Le château proprement dit (relevé AR de 1976) est composé des ruines de deux logis flanqués à l’est d’une tour d’escalier carrée et couronnée de mâchicoulis avec au midi une porte flamboyante, tout cela datant du XVIe siècle d’après Jean Secret. Cette tour d'escalier relativement en bon état au début du XXe siècle a été ravagée par un incendie au début des années 1960, qui à fortement endommagé les sculptures du portail gothique. L’escalier a vis en pierre, encore praticable à la fin des années 1920, s’était auparavant effondré. Au nord des logis, les fondations d’une importante tour ronde laissent entendre une construction antérieure, peut être du XIIe siècle. Entre cette tour ronde, ce donjon et les logis on distingue un réduit carré avec des latrines. La base du mur sud daterait du Xe siècle.  Les amorces de trois étages de cheminée étaient encore visibles sur le mur pignon nord au début des années 1970. Celui-ci a fini de s’effondrer après 1980. 

Plusieurs dépendances complètent la propriété, trois d’entre elles formant un véritable petit hameau autour des ruines. Une maison d’habitation (l’ancien logis du fermier, AV 109), construite sur une très belle salle voûtée en plein cintre (accès par un large escalier du côté du sud). Elle a été restaurée après 1980.  En face une grange avec sa belle toiture. En prolongement vers le sud un très beau bâtiment, assez étroit, avec sur la façade ouest deux très belles ouvertures accolées en pierre de taille en arc brisé. Ce corps de logis, vraisemblablement très ancien, transformé en étable au XIXe siècle, a été restauré et rehaussé après 1985. Des photos permettent de se faire une idée de la beauté de ce bâtiment antérieurement à ces embellissements. La récente (2004) construction d’une tour ronde d’escalier, assez bien appareillée, lui donne un petit air de manoir. Elle masque d’anciennes latrines qui laissent supposées un usage d’habitation noble aux temps médiévaux. Plus loin un très beau pigeonnier du XVIIIe siècle, au toit en forme de poivrière, était encore dotée de tout son appareillage intérieur avant sa restauration après 1985. La toiture était surmontée d’une très belle girouette du XVIIIe siècle décorée en tôle peinte, vendue au poids de la ferraille . Le porche monumental dans l’axe de la rue du village est une réalisation des actuels propriétaires (monogramme R et date 1999) comme le jardin de buis. Quant au petit pavillon perpendiculaire à la grange, il a été reconstruit vers 1989.

C'est dans une maison voisine (Av 91, maison A et C. de Roux) qu'Anne de Magnac-Bareau est décédée en 1850, âgée de 95 ans. C'est dans la même maison que ses arrière-petit fils Damond sont né dans les années 1870. Cette maison a été vendue en 1927, après avoir été louée dans les années qui ont précédé la guerre de 1914. Le docteur Damond, père de la dernière descendante de Joseph et Anne Bareau, habitait l’austère château de Laxion, à quelques kilomètres au nord de Prémilhac, sur la commune de Corgnac. Ravagé pendant l’occupation allemande, il est maintenant en partie ruiné (voir note). La maison à la cave voûtée (AV 109) était le logis des métayers. En 1921, celui-ci était une veuve de guerre qui l'habitait avec ses jeunes trois enfants. 

 

Antoine de Roux

texte revu mars 2007 

 

pièces jointes : plan cadastral de Prémilhac en 1812 (extrait de la feuille K du cadastre de Saint Sulpice d’Excideuil) - plan relevé en 1972 - photos noir et blanc des ruines du château (même date) - photos couleurs (vers 1975) prises des différentes dépendances de l’ancien château

sources : cadastre de la commune de Saint Sulpice d'Excideuil, plan section K (1812), Etat des propriétés - cadastre révisé, plan section AV (1976) - Recensements 1921, 1946, 1968, listes nominatives - Archives du département de la Dordogne 10 Fi -  Bulletin de Société historique et archéologie de la Dordogne,  - Jean SECRET Le Périgord, Châteaux, manoirs et gentilhommières,Tallandier  1966 p. 41 - Max Sarradet.