12 avr. 2009

Perpignan, les casernes Saint-Jacques






Les casernes Saint-Jacques de Perpignan, transformées depuis 1956 en logements sociaux (Al Puig, 81 logements), ont été édifiées de 1683 à 1686. Elles ont été alors bâties sur un vaste terrain rendu en grande partie libre par les désastres du siège de 1642, entre la courtine, les Carmes déchaux et l'église Saint-Jacques. Il ne fallut exproprier que 9 maisons d’ailleurs déjà démolies. De même pour dégager la place d'armes devant les casernes, la place du Puig actuelle, on n'eut à démolir qu'une seule maison et à exproprier 5 patus. Les quatre bâtiments pour les soldats (à 3 niveaux plus un comble) sont alors ponctués aux angles de pavillons (à 4 niveaux) pour les officiers. Les bâtiments pour les soldats étaient traversants avec des murs de refend porteurs, deux escaliers desservant chacun deux chambres, à 2 lits pour 3 soldats chacun. Ils sont regroupés autour d'une vaste cour bordée de galeries à arcades qui ne sont pas sans rappeler l'architecture classique.

En fait, ces arcades n’ont été construites que 160 ans plus tard, et les fenêtres en façade percées de 1840 à 1845, afin de faciliter la desserte des chambrées. Auparavant les façades extérieures étaient alors aveugles, les cheminées, pour faire la cuisine, étant en façade et il n'y avait d'ouvertures que sur les cours. Ces dernières n’étaient pas munies de fenêtres, mais seulement de volets, ce qui n'était pas sans poser de gros problèmes, quand il fallait faire du feu en hiver Les pavillons pour officiers comptaient un seul appartement par étage de trois pièces, dont deux avec cheminées et munies de fenêtres.

Il n'y avait aucune installation d'eau. Les latrines seront construites sur le rempart à quelques dizaines de toises. La réalisation des casernes Saint-Jacques est une adaptation assez libre aux conditions locales (plan, matériaux et pentes des toits) du plan type établi par Vauban quelques années auparavant et diffusé par Louvois en 1680 «ainsi qu'il veut qu'elle soit construite dans toutes les places ». Le projet fut adjugé le 21 mai 1683 (ADPO 1618). Les casernes étaient achevées lors du passage de Vauban en Janvier 1686 qui les trouva « fort bien faites » (SHD). Dès 1718, des réparations seront nécessaires. C'est vraisemblablement à cette époque qu'on aménagera les casernes uniquement pour les soldats (800 hommes) et que des écuries pour 160 chevaux seront installées à proximité.

Ce sont les aménagements du XIXe siècle qui ont transformé toute l'architecture d'un bâtiment utilitaire et très économique. La transformation des casernes en cité HLM au milieu du XXe siècle a transformé la distribution intérieure, mais sans altérer les grandes lignes de l’architecture utilitaire du XVIIe siècle revue et embellie au XIXe siècle. Quant à l’urbanisme aux alentours des casernes, il est encore aujourd'hui celui des Ingénieurs du Roy.

A. de Roux


Sources : De la place forte à la ville ouverte, tome I p. 113/114, 463 - relevés Atlas des Bâtiments militaires, photos du plan-relief de 1686, photos et cartes postales.

27 févr. 2009

Périgord, les manoirs de Saint-Sulpice-d'Excideuil

Plusieurs manoirs ponctuent la campagne tout autour du bourg de Saint-Sulpice d'Excideuil (Dordogne). L'un d'entre eux est en ruines, depuis plus de quatre siècles, le château de Prémilhac (voir ce nom). Deux sont situés en contre bas du bourg, dans la val du Ravillou, La Rivière et Ygonie, un 4e est à contre pente du vallon suivant, celui du ruisseau de Vaux, le manoir de Labrousse, le pendant de Prémilhac. Ils appartenaient l'un et l'autre au même seigneur. Un cinquième manoir, récemment restaurée, est situé à l'opposée dans la partie nord de la commune face à Sarrazac, le Montet. Quant au château Rigaud du Vignaud, situé dans le bourg, il s'agit plus d'une grande maison modernisée dans les années 1920 que d'un manoir.

Cette multitude de maison forte, de repaire noble, de gentilhommière, ... traduit bien l'émiettement de la féodalité dans cette partie du Périgord, où les grands châteaux étaient rares, à l'exception d'Excideuil, siège de la chatellenie dont dépendait Saint-Sulpice et de Laxion à Corgnac. Cette splendide demeure encore presque intacte au début du XXe siècle et dont l'impéritie de ces propriétaires successifs et des dégâts de l'Occupation et de la Libération ont entraîné la ruine progressive. De nouveaux propriétaires tentent de le sauver depuis l'été 2008. Ce sauvetage devrait concerner un peu Saint-Sulpice puisqu'un des propriétaires de Laxion dans la première partie du XXe siècle était également celui du château de Prémilhac.

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Le petit manoir de Labrousse est difficilement séparable du château de Prémilhac. Par sa situation de l'autre côté du vallon et par son histoire. C'était aussi un fief des Laroche-Aymon, seigneur de Prémilhac. C'est avant 1578 qu'Aymar de Laroche Aymon s'insalle à Labrouse où il fait son testament. Labrousse a été vendu en même temps que Prémilhac au début du XVIIIe siècle au nouveau seigneur d'Ygonie, Jean de Magnac, qui vit apparement à Excideuil. Après la Révolution, ce n'est plus qu'une ferme et l'est resté jusque dans les années 1990. Le manoir est depuis habité en permanence. Labrousse était qualifié de maison noble en 1602, de château en 1665. En fait, c'est une frande maison très simple à un seul niveau sur rez de chaussée bas du côté du ruisseau. Cette maison est flanquée d'une tour octogonale avec une porte gothique (XVe siècle) sommée d'un blason armorié, ouvrant sur une cour en partie bordée de bâtiments de ferme du XVIIIe siècle, dont l'un surplombe le portail d'accès (photos AR vers 1970)

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Ygonie est une grande maison à allure de château qualifiée de gentilhommière au début du XIXe siècle, de maison forte, de repaire noble dans des documents plus anciens. L'essentiel du manoir, reconstruit après les guerres de Religion, date de la fin du XVIe siècle. Il consiste pour l'essentiel en un logis rectangulaire de trois niveaux, constitué à l'origine de deux grandes pièces par étage, flanqué sur la façade vers le bourg de deux échauguettes, couvertes de toits à quatre pans. Une des fenêtres du château est sommée d'un écu blasonné à cinq bandes. Le corps du logis du XVIe est prolongé par un bâtiment bas édifié au XVIIe siècle. La cour est refermée par un grange. A l'écart, un très beau pigeonnier du XVIIe siècle, coiffé d'un dôme d'ardoise avec des traces de "bouclins" et conservant son échelle rotative. Les façades et les toitures d'Ygonie sont inscrites à l'Inventaire supplémentaires des Monuments historique, le pigeonnier l'ait en totalité. 

Au XVIIe siècle, Ygonnie appartenanit despuis plusieurs générations aux Latour de Saint-Privat. Il fut cédé au début du XVIIIe siècle à Jean  de Magnac époux de Antoinette de Guy qui habitaient à Excideuil l'hôtel de la rue Jean Chavoix. Jean de Magnac seigneur de Neuville, leur petit-fils, fut le dernier seigneur d'Ygonie, de Prémilhac et de la Brousse, Ses biens furent répartis entre ces nombreux enfants et Ygonie vendu en 1835. Le manoir est alors transformé en ferme. Racheté en 1963 par l'épouse du journaliste Simon Arbellot, descendante de son dernier propriétaire au début du XIXe siècle, et en très mauvais état, il a été restauré dans un style très austère, ses dallages en cailloux de rivière reconstitués. Les ouvertures des étages ont retrouvé leurs menaux. Deux très belles cheminées ont été mises en valeur. A noter que 'lon trouves des cheminées de cette importance dans des maison moins prestigieuses de Saint-Sulpice, entre autres à Prémilhac. Ygonie n'a pas cessé d'être habité depuis cette date, d'abord par Mme Arbelot de Vacqueur, puis depuis 1976 par les propriétaires actuels. (Le Repaire d'Ygonie par M.B. Arbelot de Vacqueur, revue des Vieilles Maisons Françaises, photos Mme Arbelot, A. de Roux).

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La Rivière est une grande maison en grande partie d'époque Louis XIII, ponctué de tours carrées, qualifiée du château dès le XVIIe siècle. Il s'agit du seul manoir de Saint-Sulpice a être localisée dans le cours même du ruisseau. Peut être y avait-il à l'origine des douves. Il en subsiste un étang. Les cartes postales des années trente expriment bien le parti architectural.

La Rivière a été modernisé à la fin du XIXe siècle par le même architecte qui a aménagé le château d'Essendiéras, de l'autre côté d'Excideuil, qui fut naguère la demeure d'André Maurois. M. Picaud en est le propriétaire en 1877. Cette modernisation a porté essentiellement  sur la partie droite, avec une tour faussement médièvale, et dans les aménagements intérieurs. Un Laroche Aymon se dit seigneur de la Rivière en 1783, et de Prémilhac ce qu'il n'est certainement pas. 

Au XXe siècle, il a été la propriété pendant plusieurs générations de la famille Dujarric de la Rivière, originaires d'Excideuil, mais surtout hommes de science de père en fils. René Dujarric de la Rivière (1885-1969), sous-directeur de l'Institut Pasteur, membre de l'Académie de Médecine, a démontré en 1918 que la grippe était d'origine virale, puis isolé la première souche française de la grippe en 1945. Le Centre hospitalier de Périgueux porte le nom d'Hôpital Dujarric de la Rivière. A noter que l'hôtel Dujarric à Boulogne-Billancourt, remarquable construction des années 1920, a été réalisé sur les plans de l'architecte Faure Dujarric. Le château de la Rivière a récemment changé de main, après la mort de Mllle Djarric, artiste peintre dont certaines oeuvres ornent, entre autres, l'église de Saint-Sulpice.

 
  
A de Roux
mars 2005